Archives mensuelles : janvier 2015

Comment vivre sans argent

Dans une série d’articles je vais explorer l’idée de vivre sans argent. Le « pourquoi » viendra, mais tout d’abord et sans aucune forme de logique, le « comment ».

Voici donc un petit état des réductions de coût que l’on peut obtenir pour une famille moyenne de 4 personnes (2 adultes, 2 enfants). Les chiffres sont grossiers, je les préciserai avec le temps. Vos propres précisions et remarques sont les bienvenues !

Je ne détaille pas les loisirs, car c’est trop personnel et fait plutôt partie du « reste à vivre ». Je préfère me concentrer sur l’incompressible.

Il manque encore dans ce tableau l’habillement et les télécoms (téléphone/Internet). Si vous avez des infos sur les aides sociales aussi, je suis preneur, car la question non détaillée du RSA pourrait, je pense, changer beaucoup le total.

 Vie moderne classiquePrix mensuelVie moins chèrePrix mensuel
LogementLocation ou achat d'un logement moderneLocation : 750€ charges comprises
Achat : 1000€ pendant 30 ans + 200 € d'entretien (+ impots fonciers, donc similaire à l'échelle d'une vie)
Maison rurale autoconstruite de petite taille (60 m²) en matériaux bon marché : paille, terre, pierre locales
Reste à payer principalement : terrain, vitres, quincaillerie, outillage, bois
25 000€ de terrain + 25 000€ de construction
500€ pendant 10 ans
50€ d'entretien
soit 150€ à l'échelle d'une vie
NourritureSupermarché principalement
Un peu de marché / biocoop en agrément
Sandwichs / restaurant / cantine en semaine
4€/personne/jour soit 480€
Légumes et fruits auto-produits. Produits de basse-cour. Pas de nourriture transformée. Reste à charge : produits laitiers, produits à base de céréale, épicerie telle que sel, sucre0.5€/personne/jour soit 60€
ChauffageElectricité / fuel / gaz100 € lissé sur l'annéeBois autoproduit (surface boisée nécessaire à calculer)Coût d'usure des outils - négligeable - 1€
Transport (hors voyages exceptionnels)Une voiture assez récente + un abonnement transports en commun450€ (achat, entretien, carburant, assurance)Une voiture ancienne, bricolable, réparable, vidangeable, etc200€ (achat, entretien, carburant, assurance, contrôle technique)
ImpôtsImpôts sur le revenu, impôts locaux, petites taxes.
TVA et TIPP déjà comptés. Taxe foncière déjà comptée.
200€Non imposable / exonéré (revenus trop faibles)10€
Aides socialesCAF (2 enfants)-50€ lissé sur la durée de la vie (ils grandissent vite !)CAF (2 enfants)
RSA à étudier
-50€ aussi
Assurance et banqueForfait bancaire avec 2 cartes. Assurance habitation/personnelle. Assurance décès. Assurance voiture déjà comptée40€Compte en banque gratuit. Assurance habitation/personnelle minimale.10€
HygièneProduits divers en supermarché (salle de bain, sacs poubelle, etc) ; produits de beauté60€Savons naturels, production de déchet minimale, produits de beauté faits maison10€
MédecineComplémentaire santé, prise en charge 100% + extras pour lunettes de luxe ou dentiste et praticien médecin douce / psy / coach / etc150€Couverture de base, consultation généraliste sans dépassement, auto-médication, nourriture saine, phyothérapie15€ pour la base + 40€ pour les gros soins exceptionnels (lissé sur la vie) = 55€
Frais de gardeCrèche / garderie / babysitter pour pouvoir travailler50€ lissé sur la vieTemps libre, pas besoin de recourir à des modes de garde.
LoisirsUrbains ; besoin de voyages pour décompresser, éventuellement en club all-inclusiveVariableRuraux ; activités naturelles gratuites ; voyages longs, lents et économiquesVariable
Total2 230€
Facile à lisser grâce à la location
Vulnérabilité au chômage
Médecine très accessible
446€
Besoin d'un capital d'installation
Forte autonomie et résilience
Accepter de ne pas avoir accès à certaines branches de la médecine moderne

Abattage de chênes

Un grand merci à Jean-Noël, Elise et Jean-Marie pour cette journée abattage / élagage / débit !

Et merci à Guillaume et Laetitia pour les sangles qui ont sauvé le garage in extremis de la chute du dernier arbre…

On a fini de dégager la zone de parking des voitures, seul persiste un mélange de sciure et de terre humide, des tas de branches sur les côtés, une vraie ambiance de coupe forestière.

Jeano, on n’a pas retrouvé le boulon de 13 !

Quand on aura fait un beau tas de bois unique et bien aligné, je vous tiendrai au courant du cubage, par curiosité.

Edit du 02/02/2015 : le beau tas est fait (voir billet suivant). On est autour de 6 mètres cube.

Quel prochain animal ?

Nous avons :

Un chat, très gentil, attrape les souris, réchauffe les chaises, fait tomber les vases sans même s’en rendre compte.

Cinq poules, très gentilles, pondent des oeufs, et mangeront peut-être les limaces.

Et maintenant, qui adopter ? Chèvre, cheval, âne, vache, lapin, chien, hamster, coq, cochon, canard ?
On attend vos conseils à ce sujet ! Merci d’avance !

Pourquoi je suis allé couper du bois à 2h

Je suis allé couper du bois de 2 heures à 3 heures du matin.

Pourquoi ? Il m’en restait pourtant, prêt à enfourner dans le poêle. J’ai d’ailleurs de la chance qu’il en restât, car je sais au moins une chose : je ne suis pas allé scier du bois par nécessité pratique.

J’ai cru d’abord y être allé pour réchauffer mon corps. Mes jambes commençaient à se refroidir, après 5 heures passées assis devant l’ordinateur. Sortir dans une nuit à 2°C peut paraitre un mauvais calcul ; il n’en est rien. Après 5 minutes d’effort physique, on enlève le bonnet. 10 minutes, les gants. 20 minutes, les vestes. La plus douce des chaleurs envahit le corps, une chaleur intérieure émanant de l’organisme lui-même, doucement véhiculée par le flux sanguin jusqu’aux plus fragiles extrémités.

Et puis, en plein effort, allant chercher un tronc  de chêne stocké au-dehors, j’ai rencontré la nuit. Une nuit sombre, calme, forte et légère. Une nuit comme en ont connu les centaines d’ancêtres qui ont permis que l’on advienne. Une nuit silencieuse. La nuit, le son d’un moteur peut porter à une dizaine de kilomètres. Cette nuit, une seule voiture, très loin, dont la faible vibration s’est doucement éteinte ; et puis, un silence total. Par instants, peut-être, un rongeur qui frôle une herbe. Rien.
La nuit, le regard rencontre inévitablement les étoiles. Au départ on regarde toujours mal. Et puis si l’on observe vraiment, si l’on accepte de se taire, de nouvelles étoiles apparaissent sans cesse. On les voit comme elles sont, toutes différentes, par la couleur, l’éclat, le diamètre.
L’air semblait tiède sur ma peau. En réalité, il ne l’était pas. C’était plutôt que son froid ne m’atteignait pas. Comme rien ne pouvait m’atteindre, dans ma chaleur intérieure. C’était pour vivre cet instant là, finalement, que j’étais sorti couper du bois. Pour comprendre que rien ne peut atteindre l’homme heureux. Ni le noir de la nuit, ni le froid de l’hiver. Pour comprendre que la nature n’est pas hostile, comme on se le raconte trop ; non, elle est bienveillante, et bien-aimante, en toute saison, à toute heure du jour et de la nuit.
On se raconte des histoires de mort : il faut trouver à manger, pour ne pas mourir de faim. Trouver un toit, pour ne pas mourir de froid. On met tout cela à la base de la pyramide, et on construit sa vie dessus, car on ignore que tout cela, manger, se vêtir, se chauffer, c’est si simple, et la nature est tellement prête à nous l’offrir.
Or on ne peut pas construire sa vie sur la peur et sur la mort, cela ne marche pas, une telle vie n’est pas une vie.
Alors pour vivre une vraie vie il faut défaire tout cela. Comprendre que l’on n’est pas en danger. D’une part parce que la vie nous aime et nous veut en vie, elle nous protège. D’autre part parce que la mort n’est pas à craindre : elle est inévitable. La mort ne peut donc pas être un danger ; en réalité c’est même un objectif, un projet – une chance ?
C’est (en partie) pour cela que les messies nous disent « il faut mourir pour revivre » : ceux qui se sentent déjà mort ne s’angoissent plus. Ils peuvent regarder la mort en face, et enfin, ils peuvent vivre.

Souvent une peur est invincible. L’attaquer la renforce, la glorifie, la fait exister. Plutôt que de tenter de la vaincre, il faut la laisser aller, cesser de la vouloir, ouvrir la main et la laisser s’écouler comme le sable, accepter de la perdre. Quel mystère pour qui n’a jamais vécu cela, pour qui se crispe et se bat !
C’est l’histoire d’un étudiant qui va trouver un maître dans la montagne et lui dit « Maître, combien de temps devrais-je étudier pour accéder à votre sagesse ? » Le maître répond : « 20 ans. » L’étudiant : « Quoi ? Je travaillerai jour et nuit, sans relâche, je n’aurai de cesse d’apprendre, maître ! ». Le maître répond : « dans ce cas, 40 ans ».

Voilà tout ce que m’a dit la nuit ! Elle qui revient après chaque jour, prête à dire ses secrets à qui tendra l’oreille. Elle les a dit a tellement de mes ancêtres, déjà !

Premiers oeufs !

Oui c’est fait, 5 oeufs en 2 jours, merci les poules !

Les jours rallongent, oui, mais on a changé d’alimentation il y a 4 jours et je pense donc qu’il s’agit surtout de cela.

On les a tous trouvés dans les pondoirs du poulailler, mais il n’est pas exclus qu’il y en ait ailleurs, dans des tas de pailles, dans la forêt… C’est qu’elles commencent à se sentir chez elles les fifilles, et elles se font des petits trous un peu partout.

Edit du 23 janvier : les éleveurs de poule de la région ont aussi eu une reprise de la ponte ces derniers temps… L’alimentation n’était donc peut-être pas si essentielle ! On fera des essais.

Les poules contre-attaquent

Un grand merci au propriétaire du chien qui a bouloté notre poule : il nous en a apporté deux en remplacement !!! Une grise et une rousse. On a de la chance d’avoir des chasseurs aussi sympas dans notre belle campagne.

Chien vs Poules : 1-0

La chasse, c’est le jeudi et le dimanche. Ok, c’est noté.
La leçon nous a coûté… Une poule ! :(
Roberto (oui, c’était une femelle) nous a quitté il y a peu, après une tentative héroïque mais vaine de fuir un chien de chasse sans doute lassé de courir après les faisans fraîchement lachés.
Adieu Roberto nous t’aimions ! Petite larme des femmes et des enfants de plus de 4 ans. Les hommes ne pleurent pas c’est bien connu. Mais ils ont parfois le coeur lourd (d’autant plus qu’ils ne pleurent pas ??).
Neal en a profité pour poser plein de questions sur la mort, ses conclusions sont sans appel :

  • Si on était un tout petit peu malin on essayerait de la réparer avec de la colle. Et si ça marche pas avec du scotch.
  • Vu qu’on veut pas (parents indignes), elle ne bougera plus jamais, oh.
  • Mordre les gens et les poules c’est pas bien
  • Le chien s’est fait bien grondé, comme Théo à la crèche quand il mordait, le monde est finalement assez cohérent.

Les 3 survivantes vont bien. Après 48 heures à trembler dans un coin du poulailler, elles ont retrouvé goût à la vie :

Le lecteur très averti notera que Roberto, c’était la grise.

Edit du 06/01/2015 : avoir un chien nous aurait-il évité cette mésaventure ? Et des oies ?

L’eau gèle à 0°C (environ)

Oui l’eau gèle et c’est ce que nous avons découvert ces derniers jours.
Enfin, ce que nous avons surtout compris, c’est qu’elle gèle dans les canalisations du mobile home quand il fait -7°C toute la nuit.
Autre constat digne d’intérêt, le butane ne se transforme plus très bien en gaz à partir de -0°C, et plus du tout vers -2°C. Il reste gentiment liquide au fond de sa bouteille.
On a fait des économies de gaz et d’eau ! Écologie !!!

D’autres avantages :

  • Là ou ça gadouillait, c’est devenu tout dur, on se salit moins
  • Quand on saute dans les flaques, au lieu de faire plouf, ça fait crac (les enfants aiment encore plus)
  • C’est beau…

La gratuité

À un âge où le commerce triomphe, l’approche la plus fréquente de la gratuité est souvent celle du consommateur : un produit est proposé comme « gratuit » par un vendeur ; cela signifie que le bénéficiaire peut l’obtenir soit sans verser d’argent (échantillon ou objet publicitaire), soit en versant de l’argent de manière camouflée, par vente liée (options d’une voiture ou lot du type « le 3ème est gratuit »).
On voit que dans ces cas de figure l’objet ou le service est libellé « gratuit » afin que celui qui le propose en retire un avantage marchand. Si le produit est gratuit au sens commercial, l’acte, lui, ne l’est pas, au sens commun.
Cet usage du terme s’oppose à celui qui sert à qualifier un acte désintéressé. De manière assez cohérente, notons qu’on parle autant d’aide gratuite que de méchanceté gratuite. La notion de désintéressement est intéressante à plus d’un titre, quoique difficile à comprendre pour certains de nos contemporains, qui malheureusement n’agissent jamais sans intérêt direct ou indirect. Pour la définir de manière succincte, on pourrait dire qu’un acte est désintéressé si celui qui le réalise n’en attend aucun bénéfice, ni immédiat, ni différé, ni consciemment, ni inconsciemment. Parfois, l’acteur désintéressé a même conscience que ses actions lui seront personnellement préjudiciables. On pourrait dire, pour citer un exemple simple, que rendre service à quelqu’un sans lui indiquer qu’on l’a fait est un acte désintéressé.
On conçoit aisément qu’une telle action est d’une gratuité bien plus forte que la gratuité commerciale évoquée précédemment.

Le domaine du commerce et de l’industrie pouvait sembler, il y a quelques décennies encore, à jamais incompatible avec la notion de gratuité « forte ». C’est un peu par surprise que la révolution numérique a chamboulé cet a priori, en introduisant dans les marchés des produits et services au coût de production marginal nul. C’est le cas de tout ce qui est numérisable, et qu’un ordinateur peut alors copier quasi-instantanément et quasi-gratuitement (dans le sens, sans aucun coût). Et la liste est longue : livres, musique, films, photos, informations, logiciels, plans et formes, avec pour chacun de ces éléments de nombreux sous-ensembles, tels qu’encyclopédies, manuels, documents secrets, publications scientifiques, etc.
La duplication à coût nul a permis à certaines logiques de gratuité de prendre une importance tellement importante qu’elles exercent aujourd’hui une influence énorme sur le marché. Le cas du logiciel libre est emblématique à ce sujet ; puisqu’il est possible de distribuer sans coût n’importe quel logiciel, et puisqu’il est possible de se « rencontrer », par ordinateur interposé, sur la base de ses centres d’intérêt et non plus sur la base de la proximité géographique, des communautés de développeurs passionnés se sont formés autour d’un projet précis de logiciel. Les membres de ces communautés participent par passion, par altruisme, ou par intérêt – mais pas par intérêt financier : plutôt par intérêt d’usage, parfois pour acquérir une expérience, voire même une expertise. Ils s’entendent dans la très grande majorité des cas pour distribuer leur logiciel sous « licence libre », sans contrepartie financière, et en autorisant n’importe qui à reprendre, modifier, transformer leur création.
Cette façon de procéder est tellement efficace qu’elle a permis de donner naissance aux logiciels les plus utilisés du monde moderne, comme par exemple Linux, Apache (un serveur web que vous ne connaissez probablement pas mais qui fait fonctionner un site web sur deux), l’excellent lecteur vidéo VLC, le navigateur Firefox.
Ces logiciels, instantanément accessibles tout autour du globe, et rendant un service objectif réel, se trouvent donc en concurrence, dans une logique de marché, avec des logiciels équivalents développés de manière industrielle par des sociétés commerciales. Les logiciels commerciaux sont ainsi contraints d’adapter leur offre à l’existence de ces concurrents gratuits parfois un peu gênants (pour l’offre, pas pour la demande !). On voit ainsi des géants distribuer certains de leurs logiciels de manière gratuite, contraints par cet étrange marché, et essayant, avec plus ou moins de succès, d’acquérir une clientèle captive pour leurs autres logiciels ; cela se fait généralement en inventant des formats de fichier incompatibles, ou en intégrant plusieurs logiciels se complétant dans une « suite logicielle », ou encore en offrant à certains clients (étudiants, enseignants, particuliers) et en vendant à d’autres (entreprises). D’autres sociétés offrent le logiciel et vendent le support technique, qui n’est pas, lui, duplicable à coût nul !
Mais la gratuité numérique a fait des remous dans bien d’autres domaines que dans celui du logiciel. Les distributeurs de musique sont bien en peine de voir que la musique se distribue très bien sans eux. De même pour les films, vidéos, et dans une mesure pour l’heure un peu moindre, pour les livres.
Bien sûr, la société qui offre un logiciel pour en vendre un autre, ou une musique pour vendre un album, met en oeuvre la gratuité « commerciale », « faible » ; en revanche, le passionné qui distribue son logiciel pour peut-être rendre service à des inconnus, le musicien qui offre sa musique sur Internet, l’individu qui filme un concert et le met en ligne par plaisir, ceux là mettent en oeuvre la gratuité « forte », et impactent la société à une échelle que jamais la gratuité n’avait pu atteindre avant l’ère numérique.

Auparavant, la gratuité a pourtant eu une place de choix, qu’elle a perdu ; non pas dans le monde commercial, mais dans le monde spirituel.
Les grands prophètes, aussi divers qu’ils puissent sembler être, ont tous prêché la gratuité. Jésus exhortait le riche de vendre ses biens et donner le profit aux pauvres. Il demandait à ses disciples de le suivre sans argent. Son enseignement est gratuit, et il demande à ses amis de vivre dans la gratuité, une gratuité qui dépasse le simple fait de donner, qui va jusqu’à demander de ne plus se préoccuper de posséder.
D’après les hadiths les plus fiables, le prophète Mohamed a vécu pauvre, connaissant la faim, vêtu d’une simple tunique. Cela implique forcément un enseignement gratuit. L’Islam rend l’aumône obligatoire, et lie de manière très forte le don à la purification dans son troisième pilier, la zakât.
Siddhārtha Gautama Bouddha, né prince, prend conscience de la nature de la vie, et quitte toutes ses richesses pour partir pauvre. Il prêche le renoncement, le délaissement des désirs et des besoins. Vivre très simplement, ne pas aimer les biens matériels, cela n’implique-t-il pas d’agir toujours gratuitement ?
Si l’argent en soi n’est pas abhorré ni interdit par ces prophètes, leur vie simple, la place secondaire laissé aux biens matériels, le détachement des richesses, implique toujours une vie de gratuité ; une vie où la gratuité est naturelle, et n’est même pas un sujet en soi, mais plutôt, ce qui est peut-être encore plus fort, un corollaire inévitable de leur orientation vers le spirituel.
A la suite des ces êtres d’exception, des moines, ermites, religieux, ordonnés, n’ont-ils pas, tout au long des âges, fait voeu de pauvreté ? Or qu’est ce que le voeu de pauvreté ? Celui qui le prononce s’interdit de s’enrichir ; par conséquent, il fait le voeu que l’ensemble de ses actes, pour le restant de ses jours, devienne entièrement gratuit.

Aujourd’hui, le voeu de pauvreté est devenu à ce point désuet, inconcevable, qu’on pouvait lire dans un récent supplément d’un magazine pour enfant consacré à la pauvreté, et destiné à éveiller les enfants, que « personne ne choisit d’être pauvre ». Pauvres prophètes.

Désuet mais pas abandonné ; de drôles de gens, dans les pays industrialisés, rejoignent les rangs des « freegans » [http://www.freegan.info/]. Ils vivent sans faire usage de l’argent, c’est à dire sans en gagner, et sans en dépenser. Leurs motivations et leur degré d’engagement sont variés, mais la plupart font ce choix de vie pour se distancier d’un consumérisme devenu, à leurs yeux, trop injuste et trop mauvais. Ne leur parlez pas de la gratuité commerciale évoquée en introduction ! Ils n’en sont plus là.

De ces diverses facettes de la gratuité se dégage une réflexion : elle est en fait toujours liée à l’abondance, et est synonyme de « don ». Le logiciel libre se partage à l’infini, car la capacité de reproduction est « abondante » (le coût est nul). Le néo-rural découvre la joie de donner des légumes à ses voisins parce que la nature lui en donne plus qu’il ne peut en manger. Le freegan cesse d’acheter et vendre parce que les poubelles sont pleines de denrées comestibles. Celui qui suit un chemin spirituel y trouve une autre forme d’abondance ; en étant pauvre, il a déjà assez, il peut donc donner, vraiment donner.
A l’inverse, la mise à disposition gratuite d’un produit dans le but d’en vendre un autre n’a aucun lien ni avec le don, ni avec l’abondance. De toutes les démarches explorées ici, c’est bien elle l’intrus, si bien qu’une définition juste et utile du concept de gratuité doit l’exclure.

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