Bois mort, bois de chauffage

Contrairement à ce que l’on peut croire, le bois mort qui jonche le sol des haies et des forêts est extrêmement utile. Il est utile au maintien de la vie des microbes, des insectes, voire des petits mammifères dans le cas du bois de gros diamètre. Il peut aussi servir à l’homme, particulièrement en tant que bois de chauffage.

Le bois qui jonche le sol peut se trouver dans un état de décomposition et de pourriture plus ou moins avancé. Très pourri, il est fragile, et se brisera lorsqu’on le ramasse. Il semble donc inintéressant. FAUX ! Le bois pourri est au contraire très intéressant pour le chauffage, j’en ai fait l’expérience. Tout d’abord il sèche assez vite. Il semble que l’humidité apportée par le milieu extérieur s’élimine beaucoup plus vite que l’humidité cellulaire du bois vert. Ensuite, une fois sec, le bois devient suffisamment solide pour être manipulé, suffisamment fragile pour être brisé à la main même sur des diamètres importants. Ce bois pourri-séché est certes plus léger qu’un bois vert-séché, et son pouvoir calorifique est donc inférieur à volume égal. Toutefois il a un gros avantage, il est très poreux à l’air et donc très facile à brûler.

On objectera que s’il est facile à brûler, il se consumera trop vite et ne sera pas pratique dans un poêle à bois. J’ai toutefois constaté un effet positif très intéressant. Avec du bois très inflammable (bois pourri-séché mais aussi petit bois), on peut bourrer le poêle de bois, et fermer presque toutes les entrées d’air. La combustion se maintient alors à très haut rendement, car la température s’élève beaucoup. Les cendres sont d’ailleurs ainsi réduites à presque rien.

A l’inverse, la grosse bûche classique de bois de chauffage est bien pratique pour se consumer doucement toute la nuit, mais si l’on ferme les entrées d’air, on risque de se retrouver au matin avec un morceau de bois en train de charbonner, et une température qui a plongé. Or, si on laisse circuler l’air pour alimenter la combustion, la température et le rendement sont inférieurs.

Donc même si le maniement du bois pourri-séché est différent, il n’est pas dénué d’intérêt.

Dans le temps, on utilisait beaucoup plus le bois mort qu’aujourd’hui. A l’époque féodale, le ramasser était d’ailleurs autorisé sur la propriété communale ou seigneuriale, selon un droit coutumier qui voulait souvent que l’on autorise à la fois ce qui permettait la vie traditionnelle et ce qui ne gênait pas trop la puissance des puissants, et plus tard le commerce des commerçants. Et puis, comme le commerce des commerçants s’est mis à tout englober, le droit coutumier a fini par disparaître, mais c’est une autre histoire.

Il reste encore des gens qui exploitent leur forêt en ne prélevant pour le chauffage que le bois mort. Dans ce cas, ils abattent les sujets morts mais toujours debouts, et ramassent les gros sujets déjà au sol, sans s’encombrer des ramilles et autres bois de faible section. Ce travail se fait donc à la machine, tronçonneuse et tracteur.

Mais la récolte du bois mort peut se faire sans aucun outil. J’ai pris l’habitude de dire que le bois est « mûr » lorsqu’il est toujours sur pied mais qu’on peut le ramasser à la main en tirant dessus. Cela fonctionne avec du bois de tout diamètre, y compris des gros sujets. Si le bois ne tombe pas en tirant fort dessus, c’est qu’il n’est pas mûr. Il suffit de revenir la saison ou l’année suivante et de réessayer.

On trouve aussi dans les branches basses des arbres toute une quantité de bois mort tombé de plus haut et retenu en l’air avant d’être arrivé au sol. Ce bois là est très pratique car on le ramasse sans se pencher, il est toujours sec et on peut le casser facilement à la main. Il est généralement de faible section. Le fait de le prélever embellit l’arbre qui le retenait, et favorise sa croissance, car généralement il reprend une forme plus harmonieuse à mesure qu’on le libère du poids de ce bois qu’il porte.

J’ai une idée en ce qui concerne l’obtention de bois de chauffage de grosse section sans aucun outil, idée que je vais vous décrire, et que je testerai peut-être plus tard. Il s’agit de s’organiser trois zones :

  • Une zone de pourrissement, qui pourrait être une sorte de légère dépression de 20cm dans le sol, ou une série de telles dépressions, dans lesquelles serait déposé le bois mort sur une seule épaisseur, afin d’être en contact avec la terre humide. La dépression aide à conserver l’humidité. Dans cette zone, le bois pourri pendant un temps qui dépend surtout de l’essence, mais je pense que dans de bonnes conditions une année suffit pour la majorité des espèces. C’est ce que j’ai constaté avec des résineux et quelques feuillus de haie, il faudrait faire l’essai avec des essences résistantes telles que chêne et robinier. Cette zone nécessite une grande surface, puisque le bois y est étalé.
  • Une zone de pré-séchage, dans laquelle on déplace le bois qui a suffisamment pourri pour qu’il se dégorge de son eau et devienne un peu moins dégueulasse et un peu plus cassant. Quand c’est fait (cela devrait aller assez vite, de l’ordre de quelques semaines ou jours selon les saisons et les diamètres), on le débite à la main ou avec un outil rudimentaire. Je vous assure que quand le bois a pourri, cela devient très facile, on peut casser à la main des diamètres de 12 ou 15 cm, et au-dessus, un coup de hache voire un coup de masse entre deux appuis peuvent suffire.
  • Une zone de séchage, dans laquelle on déplace le bois cassé avec la méthode ci-dessus. Le bois y perd le reste de son humidité tranquillement, mais dans la mesure où il n’est pas vert, comme je le disais plus haut, cela va vite, c’est plutôt quelques mois que quelques années pour arriver à un bois totalement sec.

Le pourrissement du bois est un art à inventer, ou à réinventer, car je soupçonne nos ancêtres non dotés d’outils métalliques d’avoir imaginé et essayé tout cela bien avant nous.

En bonus surprise, je ne serai pas étonné qu’on puisse faire pousser des champignons comestibles sur le bois en train de pourrir !